vendredi, avril 14, 2006

Silent Hill: Interview Christophe Gans


Le réalisateur du Pacte des loups est fan de jeux videos depuis toujours. Christophe Gans vient donc de réaliser un rêve en adaptant l’angoissant Silent Hill. Et soudain un cauchemar devient réalité…








Pourquoi avoir adapté Silent Hill au cinéma?
Christophe Gans: J’en rêve depuis que j’ai découvert le jeu. Je n’aurais pas supporté que quelqu’un d’autre s’en charge! Ensuite Silent Hill a été le plus grand moment de terreur de ma vie. Celui qui m’a fait cauchemarder en m’impliquant psychologiquement et moralement. Le joueur est immergé et amené à prendre des décisions qui le plongent de plus en plus dans la fébrilité et la terreur. Silent Hill est captivant au plus haut degré. C’est un monde en soi.

Pourquoi, selon vous, ce jeu vidéo est-il un concept unique?
CG: Cela vient du fait qu’il a été créé par des Japonais étrangers à la vision judéo-chrétienne du bien et du mal. Pour eux, le positif et le négatif cohabitent en chacun de nous et seuls nos choix intimes valorisent l’un ou l’autre. Avec Silent Hill, on se trouve entraîné dans un univers à la fois cabalistique, philosophique et mystique qui échappe à tous les clichés du genre.

Comment avez-vous convaincu les créateurs de vous confier l’adaptation?
CG: J’ai essayé pendant plusieurs années de joindre Yamaoka, en vain. Un jour, je devais donner une interview pour un DVD spécial sur Silent Hill. J’ai accepté à condition de pouvoir l’envoyer aux créateurs. Quelques semaines plus tard, Yamaoka nous donnait son accord. J’étais fou de joie! C’était un rêve qui se réalisait,mais accompagné de l’angoisse de ne pas être à la hauteur! Vu le nombre de fans dans le monde (plus de 16 millions), la pression était considérable!

Le personnage de Rose n’était-il pas un homme à l’origine?
CG: Oui, absolument! En fait,il nous est apparu clairement que le personnage central du jeu, un homme nommé Harry Mason, se comportait avec l’instinct maternel et la vulnérabilité d’une femme. Et plutôt que de trahir ce personnage en le durcissant, nous avons préféré en faire… une femme! Yamaoka a beaucoup ri quand je lui ai fait part de mon point de vue, mais il a été d’accord. Si son personnage était un homme, c’était d’abord pour une question d’identification et parce que seul un homme peut décemment affronter les épreuves du jeu. Mais lui avait en fait donné une nature totalement féminine.

Ce film est aussi un pari et une prouesse visuels?
CG: Oui, l’action se déroule dans plus de 100 décors différents, 106 exactement! Ce film a véritablement été un cauchemar logistique! 40% des décors étaient naturels, parfois remaquillés et le reste a été construit en studio au Canada. Visuellement, il est une récréation fidèle de l’esthétique du jeu, lui-même inspiré de l’art moderne, de créateurs comme Francis Bacon et de photographe comme Belmer.

Vouliez-vous délivrer un message à travers ce film?
CG: Je n’ai pas eu l’intention de faire un film à message. Je ne me sens pas en droit de donner des leçons à quiconque. Mais j’aime que les spectateurs puissent trouver différents niveaux susceptibles de nourrir leur intellect. Depuis quelques années, la notion de bien et de mal s’est brouillé. Les conflits apparus depuis cinq ans ont complétement désintégré les repères hérités de la Seconde Guerre mondiale. Avant, les choses étaient simples: d’un côté, la civilisation, de l’autre le chaos. Depuis, on assiste à un effondrement, une remise en question globale. Silent Hill aborde cela. Et cette fragilisation des repères a ouvert la voie aux intégrismes de toutes sortes. Pour moi, faire ce film aujourd’hui sur ce sujet précis avait un sens tout particulier.

Source: Comme ça n°160